LES INSTRUMENTS OCCITANS

du Moyen-Âge à nos jours

 

Telle la harpe qui figure ci-dessus à côté d'un orgue positif, l'instrument accompagnant ou précédant le chant du ménestrel a toujours existé, du plus simple comme l'"aulos" et la "chevrette".

La VIELLE A ROUE C'est un instrument à cordes frottées par une roue en bois au lieu d'un archet, d'une hauteur de 70cm environ. La roue est tournée avec une manivelle pendant que la main gauche du musicien joue la mélodie sur un clavier. La vielle à roue apparaît au Moyen Âge, dès le IXe siècle.

Il existe également de nos jours des luthiers fabricants de vielle à roue, tel Philippe Mousnier à Savignac de Nontron, lequel a fabriqué la vielle à roue de la présidente de notre association. Les airs à danser avec la vielle à roue sont la bourrée, le congo, le rondeau, la valse, etc...

 

LE PSALTERION ou nonca est un instrument de musique à cordes qui apparaît au Moyen Âge ; il est fréquemment représenté, illustré ou sculpté à partir du Xe siècle. Ses cordes, initialement en boyaux puis faites de métal, sont fixées par des chevilles au-dessus d'une caisse de résonance plate comme la cithare dont il est en réalité une des formes sur table. Son cadre est triangulaire ou trapézoïdal, avec de nombreuses variations de forme comme le groin de porc (une sorte de trapèze dont les petits côtés s'incurvent vers l'intérieur). Les cordes vont par paires pour chaque note, et sont montées tête-bêche.

L'instrument est joué en appui sur les genoux ou relevé contre la poitrine. Le psaltérion est probablement l'ancêtre du clavecin, par l'adaptation sur l'instrument d'un clavier, invention qui semble dater du XIVe siècle.

Ci-dessus, extrait du manuscrit des Cantigas de Santa Maria conservé à la Bibliothèque de l’Escurial à Madrid, la Cantiga 50 : 2 micanons ou psaltérions triangulaires

 

La CHALEMIE représentée sur le côté est une sorte de hautbois issu de l’aulos, classé dans la famille des chalumeaux ou chalémies, de calamus en latin (roseau) qui comprend des instruments à anche double et  dans une moindre mesure, à anche simple. Le chalumeau est comme une flûte, un cylindre creux avec des trous sur la face, dont la colonne d'air est mise en vibration par une anche double, c'est-à-dire deux fines lamelles de roseau pincées par les lèvres (on a également désigné par chalumeau des instruments à anche simple). Le corps de l'instrument est creusé dans la masse de bois, le faisant ressembler à une coque de barque. Le nombre de cordes est généralement de trois, parfois quatre. L'instrument est surtout utilisé du XVe au XVIIe siècle, particulièrement pour accompagner les danses. L'instrument actuel qui s'en rapproche le plus est la bombarde.

Enluminures des Cantigas de Santa Maria conservé à la Bibliothèque de l’Escurial à Madrid – Cantiga 310 : Petites chalémies

 

 

Extrait du manuscrit des Cantigas de Santa Maria conservé à la Bibliothèque de l’Escurial à Madrid : la Cantiga 210 : 2 grands rubebes

Le REBEC : rbab, rebab, rebeb ou rubebe, est un instrument d’origine arabo-andalouse, à cordes frottées fait d'une seule pièce de bois, donc creusé dans une seule masse de bois, comme le rebab arabe. Doté d'une caisse de résonance piriforme et au dos bombé, sa taille peut varier. En plus d'une table d'harmonie percée de deux ouïes, il est monté de deux, trois ou quatre cordes en boyau, dites « crochetées ».

 

 

 

 La CHEVRETTE tire son nom de la peau de chèvre qui constitue sa poche à air et est l'ancêtre de la cornemuse. La jonction entre la poche et le chalumeau est ornée d'une tête d'animal. Le musicien souffle dans un tube et remplit d'air la poche en peau de chèvre, puis il appuie sur la poche et l'air est expulsé vers le bourdon : un tube qui donne un son continu, et vers les deux chalémies.

Dès le XIIIe siécle, la morphologie de la cornemuse, chevrette, ou muses va beaucoup évoluer. Au Moyen âge, la cornemuse va être utilisée dans divers contextes : elle est un instrument pastoral, que l'on représente souvent joué par des bergers dans les scénes de la nativité, mais la chevrette anime aussi et fait danser le public des fêtes de village ou encore de la haute société lors de grandhttp://voyageurs-du-temps-com.micrologiciel.com/images/sites/instrumed/instrumentmed__9_.jpgs festins et banquets. Cette connotation profane lui vaut d’être mal perçue par le monde chrétien ainsi que ses interprètes, les jongleurs et ménestriers. Cependant son jeu ne manque pas d’admirateurs autant au sein du monde civil que religieux.

Les airs joués à la chabrette sont les bourrées à trois temps, la scottish, la valse et d'autres danses plus spécifiques, telle la sautière.

 

Elle continue d'évoluer jusqu'à nos jours comme en témoigne la photo contemporaine ci-dessus et la chabrette limousine en est un exemple.

La Chabrette limousine est une cornemuse se distingue par sa facture raffinée, très élaborée et par son décor fait de miroirs, d’incrustation d’étain, de motifs tracés à l’acide, de corne, d’os.

D’un point de vue instrumental, la chabrette a un bon équilibre sonore fourni par ses deux bourdons, ainsi qu’un timbre et des possibilités de jeux du hautbois très satisfaisants.

Cette « cornemuse à miroirs » semble déjà exister en Limousin au XVIème siècle pour avoir ensuite totalement disparu dans les années 1960. C’est à l’orée des années 1980 qu’elle a été redécouverte et va être relancée par Eric Montbel avec l’aide de trois chabretaïres limousins : André Pangaud, Louis Jarraud et Camillou Gavinet.

Depuis, une classe de chabrette a été ouverte au Département musique traditionnelle du Conservatoire National de Région sous l’impulsion de Philippe Randonneix, faisant ainsi de la chabrette de nouveau un instrument vivant.

 

 

La HARPE : son principe est lui aussi très ancien : déjà dans l'Egypte antique, de nombreuses variétés de harpe sont représentées. Cependant ce n'est qu'au milieu du XII° siècle qu'elle apparaît dans l'iconographie européenne, avec une forme spécifique permise par l'assemblage de trois parties : la caisse de résonnance, la colonne, et la console, souvent en "col de cygne".

Auparavant existe un instrument, la rote, avec lequel la harpe est souvent confondue. Il reste aujourd'hui une représentation de harpe médiévale tel celle figurant ci-dessus, extraite du manuscrit des  enluminures de Santa Maria, qui est conservé dans la Bibliothèque de l'Escurial à Madrid : cette icône date du règne du roi de Castille, Alphonse X, soit entre 1221 et 1284. Ainsi, une autre représentation date du XIIe siècle, donc antérieure et se trouve sur le chapiteau de l'église Saint Hilaire de Melle, dans le Poitou.
   A la base de chaque corde, on trouve un petit dispositif, appelé harpion, provocant une vibration surprenante qualifiée de "nasardante".
Il subsiste ensuite au XVe siècle des instruments irlandais, sachant que l'iconographie permet de reconstituer l'histoire de la harpe, comme d'autres instruments médiévaux.De nos jours, Michel Perthuis, notre harmonisateur, fabrique également les harpes de notre groupe polyphonique : le visuel ci-dessous le représente, qui, en spectacle, joue de l'instrument qu'il a lui-même fabriqué.

D'autres instruments occitans existent, tels l'orgue positif, l'accordéon diatonique, le tambourin à cordes, le violon, etc... Vous en trouverez de nombreux exemples sur le site du COMDT, Centre Occitan des Musiques et Danses Traditionnelles de Toulouse Vaucluse : http://www.comdt.org/sensibiliser-et-transmettre/education-artistique/ressources-en-ligne/

 

Conclusion

Bref, ces quelques témoins d'hier et d'aujourd'hui permettent de prendre conscience de la permanence d'une histoire musicale occitane à travers le temps ; les exemples parlant en sont les groupes musicaux occitans, toujours plus nombreux, et, parmi eux celui grâce auquel nous dansons, Timbalas e Charameus, groupe instrumental composé d'une vielle à roue, de deux accordéons diatoniques, d'une guitare, et parfois d'une chabrette limousine.

 

Conférenciers Yves Lavalade et Jean-Pierre Reydy

Odette Marcillaud conteuse

Gilbert Bourgeois conteur

Patrick Ratineaud Animateur musical

Patrick Ratineaud Atelier Langue Oc'

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